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Pablo Correa de retour à l'ASNL : « Une tâche compliquée mais excitante ! »

Il y a 28 ans, deux femmes discutaient ensemble. L'une d'elle s'apprêtait à prendre un avion à Montevideo, en Uruguay, en direction de la France. La seconde avait déjà vécu ce que l'autre s'apprêtait à vivre, elle avait déjà tout quitté pour tout reconstruire, et elle lui dit alors : «Tu verras, Nancy est une ville dont tu tomberas amoureuse». Vingt-huit ans plus tard, Pablo Correa est bien en mesure de confirmer les propos tenus par la femme de Carlos Curbelo à sa propre femme. «C'est Nancy, ça ne s'explique pas», ajoute t-il dans un sourire. Six ans après son départ du club, il est de retour, pour la troisième fois. Deux camps se dessinent depuis : les sceptiques et les ravis. Mais avant de laisser parler le terrain, les chiffres, et le temps, laissons parler Pablo Correa. 


D'abord, qu'est-ce qui vous a convaincu de revenir au chevet de l'ASNL ?

C'est surtout l'amour que je porte pour le club. Quand on m'a demandé de venir, je n'ai pas réfléchi. Je ne me suis posé aucune question. J'ai foncé instinctivement, comme un passionné. Je serai prêt à venir une quatrième ou une cinquième fois s'il le fallait.


J'imagine que certaines choses ont favorisé votre retour aujourd'hui, comme la présence d'anciens que vous connaissez, Nicolas Holveck, Mickaël Chrétien...

C'est une évidence. S'ils n'étaient pas là, probablement, je ne serais pas revenu non plus. Ce qui me dérangeait ces derniers temps c'est le fait que l'ASNL s'était écartée des valeurs qu'elle a eu par le passé. L'histoire du club, les valeurs de la Lorraine, du travail, du respect, de la lutte... Aujourd'hui on retrouve ces valeurs et les personnes présentes me connaissent bien et connaissent mes compétences. Alors tant mieux. Dans l'ensemble, j'avais très envie de retrouver un banc. Très très envie.


Nancy est 17e au classement, la situation est complexe. Mais vous arrivez avec votre grinta. Vous ne seriez pas revenu si vous n'aviez pas la foi, n'est-ce pas ?

Ah non ! C'est sûr et certain. Si je n'y croyais pas, je ne serais pas là. Pas pour le fait de dire « ah non ce n'est pas moi qui ferait descendre l'ASNL ». Non. Simplement, je pense assurément que pour réussir les choses, il faut y croire. C'est une tâche compliquée mais excitante ! Et je dois réussir à faire comprendre ça aux joueurs. Ce sera le premier pas. Il va falloir mettre beaucoup de courage et de travail, car on en aura besoin.


Demain, face à Rouen, ce sera votre 551e match en tant qu'entraîneur de l'AS Nancy Lorraine...

Avec une lueur dans le regard : Ce n'est pas rien, hein !

Ah non... Mais qu'est-ce que ça vous fait ?

Ça me fait extrêmement plaisir. C'est énorme pour moi. Surtout quand on voit la dureté du métier aujourd'hui. La légitimité qu'on peut avoir, elle vient par le résultat. J'ai le sentiment qu'on ne m'a rien donné et que j'ai obtenu ce que j'ai eu tout seul. Sauf quand Jacques Rousselot m'a donné ma chance, bien sûr, pour me lancer. Et ça je ne l'oublierais jamais car il vous faut quelqu'un qui vous donne votre chance dans la vie.


Vous n'avez pas souvent eu les plus gros budgets, les joueurs les plus chers, mais pourtant vous avez souvent réussi à en faire quelque chose de bien. Ça tient à quoi ?

A l'adaptabilité, à l'état d'esprit, sans doute... J'ai toujours fait ce que j'ai voulu faire, ici. Tout ce que j'ai voulu avoir dans la vie, je l'ai eu avec Nancy. Après le titre de Coupe de la Ligue, j'ai eu une offre du Qatar. D'ailleurs, on était assis ici, à cet endroit, et j'ai dit non. J'ai refusé car j'avais un groupe de gamins, adorables, et j'ai dit : « maintenant, le meilleur commence », je savais qu'on pourrait aller loin. En 2007 aussi, un grand club m'a approché, mais j'ai refusé. Et je n'ai jamais regretté car j'avais tout ce qu'il me fallait ici.


La loyauté et la fidélité sont des qualités importantes aussi. Vous êtes venu avec Adrian Sarkisian, votre adjoint. On connaît son histoire, assez triste : il se blesse très tôt, à 20 ans, et arrête sa carrière à 28 ans. Mais à cette époque, vous lui donnez sa chance, à votre tour...

Il y a des choses qui ne se commandent pas. Pour mon retour et mon premier discours auprès des joueurs, je les regardais tous, et vous ne pouvez pas imaginer la fierté, le plaisir, pour moi, de voir certains de mes anciens joueurs dans le staff. Avant tout évidemment on parle des compétences, du savoir-faire, de l'envie. C'est important. Mais la loyauté l'est tout autant. En tout cas, moi, je ne conçois pas d'être dans un staff où on ne donne rien et où on ne reçoit rien en matière d'humanité. Sans ça, un club comme l'AS Nancy Lorraine est mort.

Pour le cas d'Adrian, c'est spécifique, en plus du reste. C'est son histoire, mon histoire, notre complicité professionnelle et personnelle. On est dans un milieu où on cherche de la loyauté, on sait qu'à Nancy, certains ont manqué de loyauté par le passé et je pense que c'est important aujourd'hui de ramener cette valeur au centre des débats.


Depuis votre retour au club, sur quoi vous êtes-vous concentré ?

Avant de venir, je parlais avec Nicolas Holveck. On parlait du dépassement des fonctions et des tâches : c'est le discours qu'on tient aux joueurs aujourd'hui. Aujourd'hui, si chacun reste dans son coin, fait sa petite tâche, on n'avancera pas. On a besoin que chacun fasse plus, toujours dans le contrôle et la discipline évidemment. On voit ce dépassement dans tous les étages du club, il faut qu'on le voit sur le terrain aussi.


Ça passe par quoi sur le terrain ?

Par la prise de risque. Ça se montre par la solidarité aussi ! Aller chercher quelque chose, ce petit plus, chez le partenaire, et aussi en soi, en gardant le bon équilibre. On ne va pas demander au gardien d'être avant-centre [rires] mais le dépassement de tâche du gardien par exemple ça va être de rassembler, avec les mots, dans des moments où l'équipe peut être fébrile. Ca paraît très simple mais j'ai dirigé tous types d'équipes ici à l'ASNL et celles qui avaient compris ça, ont eu des résultats. En restant chacun dans son coin, vous ne devenez jamais une équipe forte.


Est-ce que, 6 ans après votre départ, vous avez trouvé beaucoup de changements au sein du club ?

Je n'ai pas retrouvé le même club, mais c'est normal. Je vais vous raconter une anecdote : dans la disposition du bâtiment des pros en Forêt de Haye, j'ai toujours connu le bureau de l'entraîneur à côté du vestiaire. J'arrive cette semaine, et je constate que le bureau est à l'étage. Ca m'étonne que personne n'ait rien dit jusqu'à maintenant. Personne n'a trouvé anormal que le bureau soit isolé des joueurs. Moi je ne conçois pas ce métier sans être près de mes joueurs. Aujourd'hui on retrouve des bases plus saines avec un président présent. Avant ça, il n'y avait personne pour dire quelque chose. Alors oui, ça a changé, mais j'y retrouve aussi des similitudes... Et des visages bien connus.


En novembre 2002, vous reprenez l'équipe, dernière du classement de Ligue 2. A la fin de la saison, l'ASNL est maintenue. En novembre 2023, vous reprenez l'équipe, avant-dernière de National 1...

A l'époque en plus on était en Ligue 2 mais la difficulté est encore plus grande aujourd'hui car l'avenir du club est en jeu. Aujourd'hui, je ne suis plus le même non plus. A l'époque je n'avais pas de bagage d'entraîneur. Il s'est passé 21 ans... Le clin d’œil est beau mais le combat est différent.


Le championnat de National 1, c'est l'inconnu pour vous. Comment vous l'abordez ?

J'ai toujours suivi l'ASNL. J'ai un cahier où je note tout. Et je me suis mis à suivre le National 1, forcément. Une fois, je regardais un match de Villefranche, et subitement, je me suis demandé pourquoi je faisais ça : sûrement mon inconscient qui se disait « au cas où ». Il y a une méconnaissance du championnat pour moi, oui, mais je ne crois pas que ce soit déterminant. J'ai mené une observation avisée sur le type de jeu à déployer. Je vais m'adapter, mais le principal, c'est que les joueurs connaissent bien ce championnat.


Qu'est-ce que vous devez adapter ?

Je pense que l'on doit parvenir à jouer avec une certaine intensité car on ne peut pas tromper l'adversaire seulement avec de la qualité technique. Il faut les pousser dans leurs retranchements, les obliger à la faute. Mais il n'y a pas que ça qui va nous faire progresser. On a des armes et il faut les utiliser. Cependant, on a besoin d'un plus, de s'inventer d'autres armes. C'est un championnat compliqué dans lequel il peut se passer n'importe quoi. Il faut être très concentré.


Quelles sont vos impressions après ces premiers jours passés aux côtés des joueurs ?

Je pense que le groupe est réceptif. Les joueurs sont en manque de confiance, on ne sort pas d'une telle série indemne. Il va falloir lutter dans la partie mentale, les convaincre qu'ils sont capables. Pour ça, rien de mieux que les victoires. Pour moi, bien travailler à l'entraînement pendant la semaine, ça veut dire gagner le match le vendredi.


Quels sont, aujourd'hui, les besoins du groupe ?

Il y a des besoins dans toutes les lignes, il nous faut des joueurs fiables pour ce championnat. L'effectif s'est fait au fur et à mesure mais je ne vais pas revenir sur les conditions particulières de cet été. Par contre il faut avoir, en tant qu'entraîneur, une grande capacité d'adaptation. Pour l'effectif, aujourd'hui, il manque de la vitesse sur un des deux côtés, un joueur défensif, un pied gauche et un milieu de terrain. Il nous manque le petit plus aussi, celui qui va l'apporter, et qui aidera les autres à donner le meilleur d'eux-mêmes. Mais un joueur avec de la confiance et des demandes différentes peut évoluer favorablement, j'en suis persuadé car je l'ai déjà fait, notamment avec Jeff Louis. Ce n'est pas en un discours qu'on change les choses évidemment, c'est au quotidien.


Pourquoi choisir cette méthode du « match après match » ?

Dès le premier jour, je leur ai dit : je ne vois pas plus loin que vendredi. Je ne veux pas que les joueurs pensent à autre chose. On a concentré toutes les énergies pour vouloir battre Rouen. Je veux encore moins qu'on dise « on jouera le maintien jusqu'au bout ». Parce que ce n'est pas vrai. On ne sait pas ce qu'il va se passer. Les choses peuvent aller mal, on peut être décrochés rapidement tout comme on peut s'en sortir. Je ne veux pas que mon équipe se conditionne et se dise « on a le temps ». Il faut prendre les matchs comme un playoff chaque semaine. Je ne veux pas que ce groupe perde de l'énergie à penser à autre chose. L'objectif est clair.


Comment allez-vous introduire la concurrence au sein du groupe, qui, pour le moment, est restreint ?

Déjà, avec la venue de joueurs. On ne va pas aller chercher un bus au hasard, évidemment. Mais en ajoutant 2-3 joueurs qui viennent avec un fort potentiel pour être titulaires, on verra tout de suite ceux qui vont lâcher. La concurrence est toujours née en Forêt de Haye. Elle doit naître là-bas, à l'entraînement, à nouveau.


Qu'est-ce qui a pu manquer à Benoît Pedretti, à votre avis ?

Il a hérité d'un groupe d'une trentaine de joueurs l'année dernière. Les deux tiers sont toujours forcément mis de côté, vous les traînez, il faut les re-motiver à chaque fois. Et ensuite, il a dit qu'il voulait un groupe restreint. Mais ça a aussi ses inconvénients. Quand vous n'avez pas de joueurs fiables physiquement, si vous avez un blessé qui loupe 3 semaines, ça correspond à 3 matchs. Alors vous travaillez avec des jeunes du centre de formation qui n'ont pas forcément encore le niveau. Je pense qu'il a manqué d'expérience, car on ne se fait pas comme ça, du jour au lendemain. Mais il n'y a que lui qui a été là, tous les jours, et qui a vu, qui sait.


Quel est le rôle du public à votre avis ?

Je suis convaincu que les supporters de Nancy viennent au stade avec une souffrance intérieure qui dure depuis des années. Encore une anecdote : je veux parler du fameux match contre Troyes, en 2005. A l'époque, le public avait joué un rôle exceptionnel. C'est le match de la montée. Mais on a deux expulsions : Cédric Lecluse et Pape Diakhaté. Et c'est logique. Mais le public a senti à ce moment-là une notion d'injustice, et il a poussé, jusqu'au bout. Au final, on gagne le match, à 9 contre 11. Et ça a créé un déclic pour le groupe. Je pense que, la plupart du temps, les supporters ne se rendent pas compte de ce qu'ils peuvent apporter. Et je parle de tout le stade ! Pas seulement les groupes. Il ne faut pas se contenter de dire « on est 8 000 c'est suffisant ». Il faut faire plus. Car on en aura besoin. Pour moi, il faut continuer à venir au stade et à soutenir le club.


Un mot pour les lecteurs ?

La même chose que j'ai dite à mes joueurs : il faut qu'on soit dans l'instant présent et qu'on soit humbles. On doit être contents d'être toujours debout, car on n'aurait pas dû être là. Rouen, c'est un promu. Mais nous le sommes aussi. Et je comprends, si vous vous dites que je suis petit bras. Mais on vient de très loin. Notre chance, c'est qu'aujourd'hui ça dépend de nous. Si on donne tout, on n'aura pas de regrets. C'est valable pour les joueurs, les dirigeants, et les supporters. Soyez patients, compréhensifs. Encouragez-les. Encouragez-nous.


Pour conclure, les maîtres mots de ce retour sont-ils : humilité confiance et ambition ?

Je pense. Au départ, ce sera humilité, bien évidemment. La confiance, on ne pourra pas s'en passer non plus, c'est clair. Et vous l'avez dit, l'ambition : pour moi, c'est important aussi. Il faut se préparer à être dans la compétition, se battre avec nos armes, et lutter pour en sortir vainqueurs.


Merci Pablo Correa pour le temps que vous avez accordé à cet entretien, pour vos réponses et pour les débats lancés. Le message est clair, l'objectif aussi. Nous vous souhaitons une belle réussite. Toute l'équipe de Fans of Nancy vous souhaite un excellent retour au bercail. 



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