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SEMAINE SPECIALE CDL - Pablo Correa

Pour terminer cette semaine de fête et de souvenirs, nous vous proposons une interview de Pablo Correa. 


Bonjour, comment ça va ? Que devenez-vous ?  

Ca va bien, je vis à Nancy avec ma famille. Je suis dans l'attente d'un poste qui me convient.


Retour sur l’épopée il y a 15 ans. Quels souvenirs gardez-vous de la CDL ?

Ça reste très frais en moi, ces souvenirs-là. Quand vous êtes Nancy, il faut se rendre à l'évidence que vous ne pouvez pas être champion à toutes les compétitions que vous allez entreprendre. Les coupes, ce sont justement des championnats différents qui peuvent mettre en avant des équipes comme Nancy selon les circonstances. La Coupe de la Ligue, ça n’a pas été juste l'histoire d'une soirée. Ca s’est joué sur beaucoup de choses.  Personnellement, je garde beaucoup, beaucoup de souvenirs. J'étais un observateur privilégié, déjà parce que j'étais à côté des joueurs. Mais aussi parce que c'était mon travail.  

 

La finale : comment l’avez-vous préparée ?

À l'époque, on a fait quelque chose qui n'était pas courant. On était au nord de Paris, dans un château, pour une mise au vert. Je ne doutais pas de la capacité des joueurs à faire un bon match pour cette finale. Ce qui m'inquiétait, c'était qu’on s'entraine en forêt de Haye. Elle est assez proche de Nancy, elle était ouverte et moi, j'avais peur que les gens, qui était très contents forcément, soient présents et que ça puisse distraire les joueurs. Je savais qu'on perdait peut-être un côté de motivation parce que quand les supporters viennent, ils motivent, c'est un plus. Je retiens ça, la vie qu'on a menée cette semaine là parce que c'est une vie normale. Il n'y avait pas cette nervosité, cette contrainte que représente une finale, au contraire c'était cool, on jouait à la pétanque, on jouait aux cartes, au billard.  

Moi, en tant qu'entraineur, j'étais déjà dans l'après. Gagner, ça ne m’a pas inquiété. C'était surtout perdre qui m'inquiétait parce que les joueurs étaient jeunes. Quand vous jouez une finale tous les 25 ans, il faut tout faire pour la gagner. Alors je me suis demandé ce que j'allais dire aux joueurs au cas où on perdait. Pour qu'ils ne perdent pas la motivation, car après ça, il restait beaucoup de matchs de championnat. Même si nous, on était dans une position confortable, il fallait finir la saison, finir le championnat et c'est surtout ça qui m'a inquiété. Le discours que j'allais avoir si par malheur, on perdait.  

 

Qu’est-ce que vous avez dit à vos joueurs ?

Un peu classique ! On est dans l'histoire. Ce groupe-là représentait les couleurs du club, comme s’ils portaient un drapeau. On n'a pas besoin d’être formé dans un club – et je suis bien placé pour le savoir – pour s’identifier à ce club. Moi, j’ai surtout joué sur le fait que probablement, il faudrait beaucoup d’humilité pour affronter cette finale. Qu’on était en face de quelque chose d’historique. On avait aussi eu la chance du tirage au sort, on a pu utiliser le vestiaire de la France, qui avait été championne du monde. Et rentrer dans ce vestiaire-là, c’est quelque chose... Donc j’ai fait un rappel de ce que représente ce vestiaire, du moment qu’on vit. Je leur ai dit qu’ils étaient face à un moment que probablement personne n’oubliera jamais à Nancy, qui ne se passera peut-être qu’une seule fois dans leur carrière. J’ai joué sur cette corde, mais je pense qu’il n’y avait pas besoin que j’insiste longtemps sur la motivation ; et c’est ce que j’ai fait. Il ne faut pas trop jouer sur cette corde. La Coupe de la Ligue, ça a été un niveau d’émotion très fort. Et j’étais surtout dans la maîtrise des émotions, parce-que ça peut jouer des tours. Quand vous gagnez, de toute manière, ça veut dire que vous avez fait ce qu’il fallait.  

 

Une semaine avant, Nancy avait pris une gifle à Marseille (6-0). En quoi ça a a influencé la finale ?  

Ce match-là, je m’en souviens bien. Je suis rentré au vestiaire avec les joueurs, après avoir parlé aux journalistes. Ils étaient tous assis. Vous en prenez 6, donc forcément, les têtes sont baissées, il y a un silence. Je me souviens être rentré et leur avoir dit : « bon, écoutez, j’accepte. J’accepte cette défaite. Mais le week-end prochain, il va falloir être présents. Si vous êtes capables d’abandonner comme ça pour ce genre de match, parce que vous pensez à la finale et que vous pensez être capable de gagner la finale... Alors faites-le. Saisissez votre chance ! ». J’avais le sentiment que, probablement, inconsciemment, le groupe avait laissé filer ce match. Ils avaient tous la tête à la finale, et c’est normal, on ne joue pas de finales tous les trois mois. Je devais accepter ça. J’étais calme, je suis resté calme. On a peut-être commencé à gagner la finale en perdant contre Marseille...  

     

A la reprise, Nice égalise presque immédiatement puis ensuite Seb se fait expulser. Qu’est-ce que vous vous dites à ce moment-là ?

A ce moment, je vois que l’on est toujours dans le match. Je vais vous faire une confidence : je savais que Nice, c’était un meilleur groupe que nous. Ils avaient plus de qualités techniques. Enfin, non, ils n’étaient pas meilleurs... Car les meilleurs, ce sont ceux qui gagnent. Et nous avons gagné. Mais l’équipe de Nice avait des joueurs plus expérimentés.

Bien sûr, j’avais la crainte que l’adversaire reprenne le match en main. Mais avec le recul, sincèrement, cette finale, je l’ai bien vécue. Ils ont égalisé, mais ce n’était presque pas grave. On savait qu’on était dans le match. Les dernières minutes ont été longues pour nous car on savait qu’on touchait du doigt quelque chose qui était passé de l’ordre de l’impossible au possible. On ne voulait pas que ça s’échappe. Les dernières minutes, je les ai vécues avec une certaine intensité, qui était beaucoup plus forte qu’auparavant. Même si on était toujours à 10, je connaissais mon groupe. Je savais que ce groupe-là n’abandonnerait pas la victoire et la Coupe.  

 
A l’issu du match, quelle est votre première pensée ?

Je me mets à courir comme un fou. Je n’avais pas pensé à quelque chose à faire ou pas, j’avais juste envie de vivre l’instant présent, de me lâcher. Je suis allé embrasser ma famille, parce-que finalement, ce sont nos familles qui subissent, qui gèrent la nervosité avec nous. Après, j’avais envie de me jeter dans la tribune et d’embrasser tout le monde. On appartenait tous au même insigne. J'avais envie de partager ça avec les supporters.  

 

L’image de vous, courant les bras en l’air sur le terrain, est devenu mythique. Qu’en pensez-vous ?

Chacun exprime sa joie différemment. Moi, je me suis lâché. La finale comportait beaucoup d’enjeux pour moi. Et puis, il y a eu des choses qui m’ont fait du mal avant cette finale. Notamment, la conférence de presse d’avant-match. Un journaliste parisien m’a demandé si je n’avais pas l’impression que cette finale n’intéressait personne, parce que c’était Nancy-Nice. Et ça, ça m’a fait du mal. Je n’ai pas pu répondre en tant qu’Homme, en tant que Pablo Correa parce que je devais rester diplomate. Je représentais le club alors je lui avais répondu en tant que « Coach Correa ». Je n’ai pas aimé qu’on réduise mon équipe de cette façon. Les joueurs ont fait un parcours, ils ont eu du mérite. Alors j’y ai repensé au coup de sifflet final. Ça explique peut-être mon comportement si particulier et ma course. J’avais vraiment cette envie de partager, de lâcher toute la pression. Fêter surtout. Fêter le titre qu’on avait mérité.  


Quel sentiment avez-vous eu en voyant les 40000 nancéiens au SDF ?  

Je ne m’en rendais pas compte. Ce sont nos familles, les familles des joueurs, du staff, qui étaient présentes et qui nous ont raconté. Nous, dans le vestiaire, on parlait entre nous et on n’arrivait pas à croire qu’il puisse y avoir autant de monde. C’était incroyable. C’est là qu’on s’est réellement rendu compte de toute l’importance de ce match. De ce que ça pouvait signifier pour toute la ville. Encore une fois, on ne joue pas de finales tous les 3 mois. Ça veut dire que quand il y en a une, il faut y être. Encore aujourd’hui, quand je croise des nancéiens, ils me parlent de la Coupe de la Ligue. Ce sont des souvenirs qui ont marqué toute la ville.  

 

Et le lendemain, place Stan ?  

Le lendemain, avec la nuit, la fatigue mentale, qui est probablement plus grande que la fatigue physique, c’était presque irréel. Je n’ai jamais vu la place Stanislas aussi blindée. Il y avait eu la montée en fin de saison dernière, mais là, ce n’était pas pareil. Je me suis rendu compte qu’on était dans quelque chose de vraiment pas commun. Tous ces supporters, ces nancéiens, représentaient la même chose que nous : le club. Encore une fois, j’avais envie de descendre des balcons, de venir embrasser toute la place Stanislas. Ce sont des moments qui m’ont marqué à vie.  

 

Quelles leçons avez-vous tiré de ce parcours exceptionnel ?

Une des leçons que j’ai pu tirer, c’est qu’à chaque fois, en début de saison, les dirigeants d’un club nous en demandent beaucoup. Ils sont les spécialistes pour dire « cette année on va faire un bon parcours en coupe ». Mais en fait vous pouvez dire ce que vous voulez, vous pouvez espérer ce que vous voulez, un parcours en coupe ce n’est pas possible de l’anticiper. La chance du tirage fait que vous allez rencontrer un club. Puis, un autre. Vous ne pouvez pas prévoir. C’est ça que la Coupe de la Ligue m’a appris. On aurait pu être éliminé par n’importe quelle équipe. Et ce n’est pas une honte, en Coupe de France par exemple, de se faire éliminer par une équipe de catégorie inférieure. C’est tellement particulier. Si on n’accepte pas ça, on se met à la même place que le journaliste qui m’avait dit que la finale n’intéressait personne. Sur cette Coupe de la Ligue, on a eu la chance du tirage : le fait de jouer à domicile a eu beaucoup d'impact sur notre parcours lors de la compétition. Mais j’ai entraîné Nancy des années, et on a joué à l’extérieur un nombre incalculable de fois.  Et là, personne ne disait rien.  

 

Avez-vous des anecdotes, faits marquants à partager ?  

J’ai une anecdote marquante, que je n’ai d’ailleurs jamais partagé à personne. Elle concerne la semaine de mise au vert à Paris. On n’a pas pu partir avec tout l’effectif, forcément. Parce que les joueurs ne sont pas des machines, que certains avaient besoin de repos ou avaient des problèmes de santé. Il a donc fallu que je dessine un groupe. Un groupe un peu plus nombreux que d’habitude, mais pas au complet. J’ai dû laisser des joueurs à Nancy, et ça m’a longtemps torturé. Parce-que tous les joueurs étaient dans l’aventure, pour nous, ça se jouait hors du terrain. Ils avaient été là pour les autres matchs, et ils ont été tout autant champions que ceux qui ont joué ce soir-là.  

Une autre anecdote, c’est que, la veille, on s’est entraîné au Stade de France. On s’est entraîné en premier, avant Nice ; le tirage au sort nous avait désigné pour jouer « à domicile ». On a donc eu ce choix de s’entraîner avant ou après Nice. Et moi, je voulais qu’on s’entraine avant eux pour prendre l’ascendant psychologique. Même si, au final, ça ne comptait pas vraiment [rires]. C’était vraiment un petit plaisir pour moi. En vérité, on s’est croisés avec certains niçois en sortant du terrain. Et de mon point de vue, ils avaient l’air très confiants. Presque détachés. Le lendemain j’ai partagé ce sentiment à mes joueurs et je leur ai dit qu’on avait peut-être une plus grande chance de gagner que ce que je ne pensais. Il faut être humble dans la vie. On l’était.  

Dans le football, il y a des hauts, des bas. Quand on vit ce genre de moments, ce sont les moments les plus hauts. Le 22 avril c’est une date à retenir pour moi, comme un anniversaire. Chacun l’exprime à sa manière. Mais moi, je me souviens. Je me souviendrai toujours. Quand avril arrive, j’ai toujours le 22 dans un coin de ma tête. On est le premier promu en Ligue 1 à avoir remporté cette Coupe de la Ligue. Et ça ajoute du mérite. La tâche était difficile, pour autant, le groupe a réussi. On avait l’occasion d’inscrire ce moment dans l’histoire, on l’a fait. La Coupe de la Ligue restera toujours un souvenir très à part pour moi.  


Merci beaucoup Monsieur Correa pour vos réponses, votre temps, votre sympathie. Vos confidences.
On clôture cette semaine spéciale Coupe de la Ligue de la meilleure des manières.
Merci à tous de nous avoir suivi, d'avoir lu, partagé, commenté les interviews. Ce fut un honneur de pouvoir partager les confidences d'une partie de ce groupe extraordinaire qui, à titre personnel, m'a fait tomber amoureuse du football et de l'AS Nancy Lorraine. Merci pour tout ça. 
Allez Nancy, et à bientôt.

© Juliette Schang


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