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Michaël Chrétien : « Gérer un club, ce n'est pas juste ramener 2-3 joueurs au mercato. »

Michaël Chrétien a beau avoir décroché ses crampons de footballeur professionnel, il est toujours à 100 à l’heure. Si vous êtes à Nancy, vous l’avez sûrement croisé... Entre son resto’, et les boutiques de prêt-à-porter qu’il tient avec sa compagne, le meilleur latéral droit de L1 en 2008 suit toujours Nancy de très, très, très près...   


Donne-nous un peu de tes nouvelles !

J'avais déjà un restaurant dans lequel j’étais actionnaire et que j’ai repris tout seul. Je suis gérant de ce restaurant aujourd’hui, et j’ai deux boutiques de prêt-à-porter avec ma compagne. Depuis un an environ je suis conseiller sportif. J’en ai fait mon activité principale. Pour le moment je dis «conseiller sportif» car je suis en train de passer ma licence d’agent sportif. Ma mission c’est donc, en ce moment, du conseil sportif et des missions intermédiaires. Agent FFF c’est très réglementé en France, il y a une partie juridique importante à maîtriser donc aujourd’hui j’apprends, j’avance grâce à mon réseau qui est plutôt important. Ça me permet d’être sur le terrain dès maintenant mais pour tout ce qui touche au juridique je dois faire appel à des avocats ou des personnes qualifiées dans ce domaine pour pouvoir m’aider. C’est ma nouvelle voie ! A terme, l’objectif c’est d’être agent.  


Quel regard portes-tu sur le club actuellement ?

Ce que je vois de l’extérieur, c’est que le club est en détresse. Il y a une grosse sirène d’alerte qui est là, qui clignote, et ça fait peur. Ce qui m’inquiète au-delà de ça, c’est que je ressens ça à travers les dirigeants du club. Quand je parle des dirigeants, je parle aussi des entraîneurs à tous les niveaux, pro, amateur, l’administratif,... Comme l’a dit le président [NDLR : Jacques Rousselot] personne ne représente le club et personne n’est aux commandes. Ça je pense que tout le monde le sait. Quand un président n’est pas là, tous les jours, avec son entraîneur, ses joueurs, son club, pour montrer son soutien, quand le président ne vient pas dans le vestiaire, ne s’assoit pas sur le banc... Ce n’est pas pareil. J’ai des souvenirs où il suffisait d’une fois où Jacques Rousselot ne passait pas après le match dans le vestiaire : on sentait tout de suite un manque. Que ça aille bien ou pas, le président doit être là pour féliciter, redonner le moral, taper du poing sur la table. C'est important cette présence. Ça, je pense que ça manque énormément. Après, je ne dis pas que les résultats seraient meilleurs : on ne peut pas savoir. Mais tout le monde serait rassuré et les choses ne pourraient qu’être meilleures qu’actuellement.  

 

Justement, Benoît Pedretti en parlait il y a quelques semaines sur le site : il n’a vu Gauthier Ganaye que deux fois pendant son intérim. Pour toi, c’est possible de gérer un club de cette manière ?  

C’est impossible. Aujourd’hui, je me demande dans quel sens le club est géré. Gauthier Ganaye, je sais qu’il ne répond jamais au téléphone. A personne. Même aux gens du club il ne répond pas ! Donc à partir de là, on peut se demander comment le club est géré. Gérer un club, ce n’est pas juste ramener deux-trois joueurs au mercato. Ça, à la rigueur, c’est la partie sympa du job. Mais tout le reste, toute l’année, il faut l’assumer. Il y a beaucoup de choses à faire. Le club est déjà mal en point depuis quelques années. Le président Rousselot a énormément donné pour le club et je pense qu'aujourd'hui il est peut-être encore plus malade avec ce qu’il se passe que quand il était présent. Comme Jacques Rousselot l’a souligné, c’est très facile de dire «le club était 17ème quand on l’a repris» [NDLR : citation de GG dans l'ER]. Ce sont de faux arguments qui ne tiennent pas. Aujourd’hui, le club est dans une situation beaucoup plus inquiétante. On ne parle pas juste d’une place au classement : l’équipe est 20e, c’est un fait. Mais après, on va où ? Personne ne le sait. Les gens du club ne le savent pas non plus. Demain, si le club tombe, les actionnaires disent qu’ils vont assumer. Mais on se demande qu’est-ce qui va être assumé. Déjà, là, dans le contexte actuel, qu’est-ce qui est assumé ? Je ne vois aucun signe positif dans cette gestion actuelle.  

 

Cet été, Nancy a fait polémique avec la «concurrence déloyale» . Qu’est-ce que tu pensais du mercato à ce moment-là ?  

Je crois qu’il y avait une quinzaine de joueurs en fin de contrat à l’issue de la saison. Dans ma tête, quand ils ont décidé de ne prolonger personne, je me suis dit, sincèrement, ils ont un plan. Ils préparent un truc énorme ! Je le sentais très bien, je pensais qu’ils allaient arriver avec un nouveau recrutement, avec une belle stratégie, je me suis imaginé plein de choses et c’était positif. Je pensais que tout était bien structuré, bien calé. Finalement, au fur et à mesure des mois on s’est rendu compte que c’était du vent. Je ne sais pas s’ils se rendent compte des enjeux. Il y a beaucoup de personnes qui aiment le club ici, c’est un club familial. On a toujours vécu de cette façon-là à Nancy. Transformer l’AS en club business...Je ne suis pas sûr que ce soit bien. Je ne suis pas sûr que ça marche.  

 

Nancy est un club familial, comme tu l’as dit. Mais aujourd’hui le fonctionnement n’est plus le même et d’ailleurs on n’arrive pas bien à le cerner. Est-ce que tu en sais plus, sur le fonctionnement en interne ?  

On ne sait pas ce qu’il se passe ! Moi tout ce que je peux dire c’est, encore une fois, qu’il [Gauthier Ganaye] ne répond pas au téléphone. Sauf quand il a un intérêt quelconque. Je ne dis pas, c’est facile de critiquer, il est sûrement harcelé de messages et d’appels vu la situation. Je ne vois que ça, sachant qu’en plus il gère plusieurs clubs. Mais un club de foot c’est une structure énorme et on ne peut pas en gérer plusieurs à la fois, c’est inconcevable. On ne peut pas être présent au quotidien et il y a des répercussions derrière. C’est sûrement une bonne personne, il en prend plein la tête en ce moment, il est sûrement dans une situation qu’il n’a pas souhaitée. Mais à un moment donné, est-ce que quelqu’un a déjà demandé pourquoi il n’est pas présent à Nancy ? Quelles sont les raisons ?  

Il a déjà répondu à ce genre de questions en expliquant qu’il devait diviser son temps entre les clubs...  

Eh bien, ce n’est pas normal. Je pense qu’il le sait aussi. Mais aujourd’hui, soit ce sont les actionnaires qui ne veulent rien changer et qui laissent faire, soit c’est lui... Et maintenant, Nancy on en fait quoi ?  

 

Qu’est-ce que tu ressens quand tu penses à l’AS ?  

Moi j’entretiens des bonnes relations avec tout le monde. J'ai envie de soutenir les joueurs, le coach, je pense que tout le monde en a envie. J’ai tous mes potes au club ! Gennaro qui entraîne les gardiens, Gaston chez les jeunes... J’ai toujours peur des déclarations dans la presse parce-que j’aurais les boules de dire ou faire quelque chose qui desservirait le club. Mais aujourd’hui tout le monde aura bien compris que je ne suis pas dans cette démarche-là et qu’on essaye juste de comprendre comment le club est géré à distance.  

 

Qu’est-ce que tu penses de la situation de l’équipe ?  

J’ai vécu des moments où on était nuls ! Mais il faut être responsables, il ne faut pas se cacher quand on est sur le terrain et il faut se dépasser. J’ai surtout un sentiment de compassion pour les joueurs et le staff technique qui dégagent l’impression d’être à l’abandon. Je pense que les démarches qu’on doit avoir, nous, de l’extérieur, c’est montrer notre soutien. Montrer qu’il y a du monde qui aime le club.  

 

D’ailleurs, tu as envoyé un message vocal au SFC pour la manifestation de samedi, pour montrer ton soutien. Est-ce que tu penses que ce genre d’action peut faire bouger les choses ?  

Je n’en suis pas certain. Surtout quand ton président, pendant la manifestation, est... à 300 kilomètres de Nancy. Donc il regarde ça de loin, et quand tu n'es pas présent, ce n’est pas la même chose. J'avais dit justement dans ma note vocale que Jacques Rousselot ou même Nicolas Holveck assumaient toujours tout à fond. C’était toujours eux en première ligne. Ils étaient présents quand ça allait bien, quand ça allait mal... Je me souviens de Jacques Rousselot qui nous soutenait quand ça n’allait pas, qui nous disait qu’il croyait en nous, qu’on allait se sortir de telle ou telle mauvaise passe... Aujourd’hui, ils sont livrés à eux-mêmes, les pauvres. Ce n’est pas évident.  

 

Qu’est-ce qui pourrait, selon toi, améliorer la situation du club à court terme ?  

Bonne question ! Pour la fin de saison, ce qui pourrait sauver le club, ce serait d’arriver à enchaîner un ou deux bons résultats. Même si à plusieurs reprises on a cru avoir un match référence, ce n’est pas ça le plus important. J’ai été dernier de Ligue 2 avec Pablo Correa en 2002. On avait enchaîné au moins quatre victoires sur des petits scores et surtout on avait fermé la barraque, on ne prenait plus de buts. On avait réussi à retrouver confiance comme ça et à enchaîner. Pour moi, dans l’idéal, il faudrait qu’ils fassent une petite série. Les choses peuvent parfois vite s’inverser... Et moi je crois encore à ce genre de chose. A mon avis, c’est surtout une question de confiance. J’ai été joueur, on ne peut pas être démotivé. J’ai l’impression que les joueurs sont impactés et qu’ils ont besoin de retrouver la confiance. Il faut qu’ils aillent à la guerre ensemble. Mais tout ça, ça passe par pas mal de temps et pas mal de soutien. Il faut continuer à les soutenir en tribune ! C’est appréciable quand on est joueurs. Tu le ressens !

 

Enfin, sur le long terme, penses-tu que les groupements d’investisseurs sont une solution viable ?  

Sincèrement, ce n’est pas le foot qui me fait rêver. Mais a-t-on le choix ? Tout le monde doit se mettre à la page, le foot évolue...Et je ne vois pas comment un club avec un investisseur unique ou un mec du coin peut résister à tout ce nouveau monde. Mais je ne vois pas ça d’un bon œil. L’argent est plus fort que tout et personne ne fait le poids face à des gens qui ont des gros portefeuilles. Pourtant, à l’époque, quand on a gagné la Coupe de la Ligue, on n'avait pas des moyens énormes. Mais les valeurs humaines étaient plus fortes que tout.  

En tout cas j’espère que ça va s’arranger, que les actionnaires vont trouver des solutions. Pourquoi ne pas mettre quelqu’un à temps plein à Nancy... ? Il faudrait au moins ça je pense. Quelqu’un qui répond aux questions. Il ne faut plus laisser les gens dans le doute.  

 

Merci beaucoup Mickey pour ta franchise, ton temps et ta bonne humeur malgré le contexte. 

Ta démarche et tes questionnements font sens pour nous : où va l’AS Nancy Lorraine ? Nous sommes en droit de demander des réponses. Des vraies réponses.  


Juliette



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