Exclusif - Entretien avec le Saturday FC

Avant de vous proposer, quelques lignes plus bas, l'entretien exclusif que nous avons réalisé avec le Saturday FC concernant le match Nancy-Le Mans, vous pouvez lire ce billet d'humeur concernant le climat actuel.

Le 16 août dernier, Nancy affrontait Le Mans pour le compte de la 4ème journée de Ligue 2. Après moins de trente minutes de jeu à Marcel Picot, le match fut stoppé durant une minute par l’arbitre M.Mokhtari pour des chants jugés homophobes et émanant du KOP de la tribune Piantoni. Le match ne fut pas ré-arrêté par la suite et se solda par une victoire pour les rouges et blancs, réduits à 9 depuis l’heure de jeu : exploit collectif. Mais l’exploit collectif des joueurs a fait couler bien moins d’encre que les faits de tribune et surtout le fait que Nancy-Le Mans fut le premier match de l’histoire à être arrêté pour des chants jugés homophobes. Du pain bénit pour les uns, du pain noir pour les autres, mais pas du pain perdu ça c'est certain...

Roxana Maracineanu et Marlène Schiappa se sont empressées de réagir sur les réseaux sociaux, saluant le courage de M.Mokhtari à avoir arrêté le match. Roxana Maracineanu, la même qui, quelques mois auparavant, se félicitait d’un partenariat Qatar-France pour la Coupe du Monde 2022. Une question brûle alors les lèvres de beaucoup d’entre nous : a-t-elle discuté des droits LGBT avec les représentants d’un pays dans lequel l’homosexualité est illégale, condamnée à 7 ans de privation de liberté, et la peine de mort si vous êtes de confession musulmane ?

La récupération politique à son apogée : se sont-elles jetées sur le sujet comme des vampires assoiffés de sang ? Oui. Ont-elles salué la décision de M.Mokhtari sans connaître précisément la teneur des propos pour lesquels le match avait été arrêté ? Egalement. Si le premier avertissement concernait le chant « les messins, c’est des pédés », l’arrêt du match fut prononcé à la suite d’une salve de « La ligue, la ligue, on t’encule ». Les premiers chants peuvent effectivement être considérés comme homophobes. Toute l’importance est dans le « peuvent ». Puisqu’on n’a pas cherché à faire la différence entre de l’homophobie volontaire… et des propos à caractère homophobe, qui, comme l’a souligné Jean-Michel Roussier, sont diffamatoires dans tous les cas mais dont on ne peut, sur un plan juridique, occulter l’intention : « L’intention est plus grave que le mot. Or certains mots peuvent être prononcés dans l’intention d’injurier, mais sans forcément avoir un caractère homophobe ». Concernant les seconds chants, nous pouvons douter du caractère homophobe ; en tout cas, dans la mesure où pratiquer le coït anal n’est pas exclusivement réservé aux homosexuels. Nos chères têtes pensantes auraient-elle fait preuve de stigmatisation ?

Toujours est-il que le 16 août dernier, Nancy et ses supporters furent pointés du doigt, rangés dans la case « homophobes ». La stigmatisation envers les supporters ? Personne n’en parlera. Ils furent pourtant qualifiés « d’abrutis », qui « doivent fermer leurs gueules », de « gosiers assoiffés » par certains journalistes ou consultants, et encore énormément d’autres qualificatifs tout aussi affectueux les uns que les autres sur les réseaux sociaux. Que l’on soit bien clair : l’homophobie est évidemment à bannir, sous toutes ses formes. Chacun doit être libre d’évoluer et de vivre comme il l’entend. Néanmoins, cela reste un problème d’ordre sociétal qui ne peut aucunement être réglé par le football. Il s’agirait alors de répondre et de réfléchir intelligemment au problème.

C’est ainsi que le militantisme soudain d’Olivier Rouyer, pour ne pas le citer, me laisse de marbre. Il se déclarait « non militant » dans un entretien accordé à So Foot en 2013, et ajoutait, en parlant du foot : « C'est un milieu fermé, qui a du mal à évoluer. Je ne pense pas que ce soit non plus un milieu homophobe. On peut le penser quand certains supporters crient des insanités, mais en même temps, je suis le premier à les dire quand on me fait une queue de poisson. ». En 2013, il mettait effectivement le doigt sur un problème sociétal : dire ces « insanités » est rentré dans les mœurs. Que celui qui ne l’a jamais fait me jette la première pierre. Cela signifierait donc que la quasi entièreté de la population est homophobe ?

Le problème est évidemment ailleurs qu’au football. Il est partout. Dans la rue, à l’école, au travail, à la maison, à la télévision, sur les réseaux sociaux, etc… Pourtant c’est le football et ses supporters que l’on pointe, encore une fois du doigt. Encore une fois ? Oui, car c’est le football et ses supporters qui sont décriés par les autorités (in)compétentes lorsque les arrêtés interdisant le déplacement des supporters pleuvent pour des raisons à peine croyables – et voyez-y un euphémisme de ma part – ; c’est le football et ses supporters qui sont décriés, traités d’abrutis, de gosiers assoiffés ; c’est le football et ses supporters qui sont décriés, à qui l’on veut empêcher de boire quelques bières en tribune tandis qu’au premier abord le champagne en loge n’est pas dérangeant. Le respect et la tolérance ne doivent pas être à sens unique. Les supporters sont piétinés depuis des années par le gouvernement et la Ligue avec des mesures liberticides. Puisqu’aujourd’hui, tout est sujet à de la phobie ; ne faisons-nous pas face à une forme d’ultraphobie ?

Juliette Schang – Ces propos n’engagent évidemment que moi –


Kilian Valentin, président du Saturday FC, et David Cosenza, porte-parole et membre du groupe, ont accepté de répondre à mes questions concernant les événements récents et le climat qui s’installe autour du monde du football. (NDLR : entretien daté du 29/08/2019)

Quel regard avez-vous sur la situation actuelle ?

Kilian : La situation s’était un peu calmée ces derniers temps, sur les deux dernières années. Il y a toujours de gros soucis sur les interdictions de déplacements et au niveau des fumigènes mais les clubs et les groupes ont pris le pli c’est-à-dire que chacun fait comme il veut. Sur le sujet actuel, les termes injurieux et l’homophobie en général qui se transforment maintenant en injures tendancieuses, ça rend la situation à nouveau nauséabonde et ça redevient comme il y a 5-6 ans : c’est-à-dire du grand n’importe quoi.
David : La situation actuelle envers les supporters en France est connue maintenant depuis quelques années avec les records qui tombent d’années en années au niveau des interdictions de déplacement, sur l’utilisation des fumigènes, sur le droit d’être supporter. Depuis le 16 août et le match contre Le Mans à Marcel Picot on nous reprend sur des chants qui sont historiques pour le KOP, pour le stade et c’est un nouveau style de répression qui vient à l’encontre des supporters et des groupes de supporters.

Qu’est-ce qu’ils entendent par « injures tendancieuses » ?

Kilian : Visiblement, il s’agit des injures à tendances discriminatoires. Au début c’était les injures homophobes, puis ils se sont rendu compte que « enculé » ce n’était peut-être pas homophobe. Donc ils ont dit que c’était des injures discriminatoires car cela peut discriminer une partie de la population. On peut évidemment entendre que certaines personnes soient blessées par cela. Mais maintenant, ils disent que c’est des injures tendancieuses… On ne sait pas exactement à quoi ça correspond. Et le problème c’est qu’il y a un vide autour de tout cela en ce moment. Personne ne sait et chacun fait à sa sauce et interprète la langue française comme il l’entend.

Que pensez-vous du climat imposé par le gouvernement et la LFP vis-à-vis du mouvement ultra ?

David : Le regard de la LFP a un peu changé avec l’arrivée de Nathalie Boy de la Tour. Forcément, on partait de loin avec Frédéric Thiriez, mais avec Nathalie Boy de la Tour un dialogue s’est ré-installé avec l’ANS (ndlr : association nationale des supporters). Les groupes de supporters ont aussi changé leur façon de voir les choses ces dernières années et se sont réunis sous la bannière ANS dont on fait partie. L’ANS a eu beaucoup d’oratoires, des tests, notamment les tribunes debout. Beaucoup de choses ont été avancées et comme l’a dit Kilian, depuis quelques temps on recule et on a l’impression d’être revenu 5-6 ans en arrière. C’est épuisant.

Que pensez-vous des sanctions prises contre Nancy ?

Kilian : Pour faire simple : ce sont des sanctions incompréhensibles, incohérentes, contre productives, démagogues et à l’emporte-pièce. Il fallait un exemple, Nancy étant le premier match arrêté et faisant l’objet de trois rapports… ils se sont dit « allez, c’est pour eux ! ». Sur les 18 autres matchs il y a un rappel à l’ordre pour le moment, on ne sait pas ce que ça va donner. Il y a beaucoup d’incompréhension, mais il faut essayer de stopper ça parce qu’on rentre dans un système où on fait un laboratoire sur les stades, on voit comment ça fonctionne et on l’applique sur la société. C’est donc important qu’il y ait une sorte de moratoire au niveau des s

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